Jeudi 1 mai 2008
Depuis mon arrivée à Kapok, je monte régulièrement sur les premiers contreforts du Krâl. Ces vieilles montagnes ne sont pas très hautes, mais je ne m'attends pas à ce que leur traversée soit facile. Le massif du Krâl est trés étendu, et ses hauts plateaux peuvent tout à fait réserver quelques pièges aux imprudents. Ou aux prétentieux.


Le matin, je marche quelques heures, en direction des petits villages perchés sur les côteaux est de Kapok. Trois avantages pour moi : je parfais mon entraînement physique, j'échappe à la ville, et je tente d'entrer en contact avec les gens d'ici, dans l'espoir d'en apprendre un peu plus sur la Tilisie.


Vers midi, le 29 avril, au moment de redescendre vers Kapok, j'ai fait la connaissance d'Ougan, un oulpach d'une cinquantaine d'années. On a discuté une heure environ, de sa famille surtout, et de son histoire. Son père, paysan, s'est installé dans la banlieue de Kapok contraint et forcé au moment des événements de 1972. A cette époque, l'Ousie était en guerre civile, et les villes étaient les seuls endroits à peu près sûrs dans le pays. La famille d'Ougan ne s'est jamais vraiment sentie chez elle ici.

Comme Ougan et sa famille, des milliers d'anciens paysans ouses ont rejoint les villes à ce moment là, notamment Kapok, et ont dû changer de vie. Ougan s'est reconverti dans l'industrie (ici, les filatures sont nombreuses, et il y a un peu de métallurgie).

Avant de nous séparer, j'ai demandé à Ougan, à tout hasard, s'il connaissait un tilène expatrié. Il m'a dit que pour rencontrer un tilène, il fallait aller en Tilisie. Quand je lui ai dis que c'est ce que je voulais faire, il m'a pris pour un fou et est parti sans rien ajouter.

Le lendemain, au même endroit, une femme, apparemment une habitante de la ville, est venue à ma rencontre. Elle n'a pas voulu me dire son nom, mais s'est présentée comme une amie d'Ougan. Elle m'a donné deux pièces de monnaie en me les présentant comme des pièces venant de Tilisie...




Des pièces de Tilisie !!
Elles ne doivent pas valoir bien cher. Peut-être n'ont-elles même plus cours. Mais elles représentent un véritable trésor pour moi.

Bien sûr, j'ai questionné cette femme pour essayer d'en savoir plus. Peut-être avait-elle quelques informations qui pourraient m'être utiles une fois en Tilisie. Mais elle se contentait de me faire comprendre que ces deux pièces me porteraient chance dans mon voyage.

Elle n'avait pas l'air de vouloir me faire renoncer à entrer en Tilisie, mais elle me regardait parfois avec une certaine gravité, ce qui je l'avoue me glaçait un peu le sang.
Nous avons regardé les montagnes un long moment, sans rien dire. Puis elle est partie en direction de la plaine.

Ca, c'est la vue depuis le toit de ma pension. Au centre, le petit et le grand Yok. Ces deux sommets sont en Tilisie.

 
Gros coup de pompe le 30 en début d'après-midi. J'ai cru un moment à une intoxication alimentaire, mais je pense finalement qu'il ne s'agit que d'un contre-coup du décalage horaire. 10 heures dans la vue quand même, sans que j'ai eu le temps de me poser vraiment depuis mon arrivée ici.


La route continue !







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